Édito, clap de fin

Clap de fin.

Ça avait commencé comme ça : au printemps 2010, je me dis que marier poésie et musique devrait donner de beaux livres ; notes et mots, c’est ce que je sais faire, alors allons-y pour trois livres CD. On va voir ce qu’on va voir. Les quelques éditeurs spécialisés, ressassant leurs éternelles comptines à deux sous, ricanent en douce : ils continueront à vendre quoi qu’il arrive.

Le début est chaotique, mais je persuade des poids lourds de venir nous rejoindre : Agnès de Lestrade, Jean-Claude Carrière, Claude Merle, Sylvie Serprix, François Reynaert. Ça ne suffit pas, car il y a déjà trop d’éditeurs, trop de livres, trop de tout. Et on n’a pas les relais, on ne fait pas de repas en ville, de sur-diffusion pour amadouer les libraires. Arrivent aussi de nouvelles plumes, de nouveaux pinceaux : Anne Loyer, Chiara Fedele, Didier Pobel, Marc Baron, Didier Bazy, Alessandro Ferraro, Solenn Larnicol, Laura Fanelli, Véronique Cauchy, rien n’y fait.

J’apprends vite que ce métier est tout sauf une chaîne du livre : chacun joue sa petite partition dans son coin. Moi, je suis devenu éditeur pour créer des choses à plusieurs, je me fiche de mon compte en banque pourvu qu’une belle idée voie le jour. J’ai tort. On parvient je ne sais comment à créer 75 livres, mais le bas de laine reste désespérément vide. L’hiver arrive. Il sera rude, les réserves de blé fondent à vue d’oeil, les loups sont à notre porte.

On continue pourtant, et comme je vis en moyenne montagne je ne crains guère les frimas. On aime à se dire qu’on n’est pas à l’abri d’un succès, on persévère. Hélas, les loups sentent la bête malade et finissent par entrer dans la ferme. Dévorent tout pour en faire de la pâte à papier.
Cela aura duré 7 ans, j’ai d’ailleurs une ribambelle de cycles de 7 ans dans ma vie.

Pour les quelques ami(e)s rencontrés autour des Bulles, je ne me fais pas de souci, ils continuent à écrire et dessiner pour d’autres éditeurs et suivent leur étoile. Julieta de son côté fait profiter de son talent une maison d’édition barcelonaise. Quant à moi, j’ai la tête pleine de rêves que je pourrais peut-être accomplir inch’Allah dans les années à venir.

On the road again, comme le chante mon voisin stéphanois.

Jean René, janvier 2019